Erratum (1er du mois de mai) :
Même si Nicolas Princen ou Sarkozy n'y sont pour rien,
mais vraiment pour rien.
Ah ! le joli mois de mai.
Je n'ai pas l'élégance du hérisson.
Il est plus qu'absolument certain que j'aurais et de loin préféré pouvoir répondre présent à l'appel de J. Mais aujourd'hui et toute cette semaine durant, comme me l'a si joliment écrit D., je suis tout dévoué à mes chers étudiants...
C'est avec une allure de "petit chose" qui n'en a plus l'âge ou presque, que ce midi je me suis retrouvé à devoir les retrouver durant six heures afin, avec d'autres de leurs mentors, les surveiller pour ce cycle de fin d'études.
L'allure générale austère, un costume sombre, une démarche assurée mais une mine renfermée et un livre à la main, voilà tel au début du moins, comment j'ai du paraître.
Et puis, j'ai eu six heures. J'avoue que je n'aurais jamais cru pouvoir en revenir vivant. Six longues heures à les voir suer, à les voir se tourmenter, enfin, en théorie... Parce que dans les faits, je me suis concentré sur un tout autre sujet. Le sujet du jour était la petitesse humaine... Enfin, presque, tout du moins de mon côté, évitant ainsi de voir ces êtres penchés sur leur copie, tourmentés pour beaucoup, à nous maudire sans doute pour un trop grand nombre.
Durant six heures ou presque, j'ai du réprimer un nombre incalculable de rires, de recherches dans le dictionnaire et une foultitude de délectations. Et finalement, je suis tombé follement amoureux de Renée.
Voici comment se décrit page 15 cette merveilleuse perle. "Je m'appelle Renée, j'ai cinquante quatre ans et je suis concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-accommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personnes que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisant."
Entre autres, il y a ce moment fabuleux où Renée, pardon, Madame Michel, démonte la phénoménologie après plus de dix pages par cette conclusion "toute la phénoménologie est assise sur une certitude : notre conscience réflexive, marque de notre dignité ontologique, est la seule entité en nous qui vaille qu'on l'étudie parce u'elle nous sauve du déterminisme biologique.
Personne ne semble conscient du fait que, puisque nous sommes des animaux soumis au froid déterminisme des choses physiques, tout ce qui précède est donc caduc."
Ou encore, il y a ce moment de pure extase... "[...]buvons une tasse de thé.
Comme Kakuzo Okakura, l'auteur du livre du Thé, qui se désolait de la révolte des tribus mongoles au XIIIe siècle non parce qu'elle avait entraîné mort et désolation mis parce qu'elle avait détruit, parmi les fruits de la culture Song, le plus précieux d'entre eux; l'art du thé, je sais qu'il n'est pas un breuvage mineur. Lorsqu'il devient rituel, il constitue le coeur de l'aptitude à voir de la grandeur dans les petites choses. Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien, dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l'instant un gemme infini.
Le rituel du thé, cette reconduction précise des mêmes gestes et de la même dégustation, cette accession à des sensations simples, authentiques et raffinées, cette licence donnée à chacun, à peu de frais, de devenir un aristocrate du goût parce que le thé est la boisson des riche comme celle des pauvres, ce rituel du thé, donc, a cette vertu extraordinaire d'introduire dans l'absurdité de nos vies une brèche d'harmonie sereine. Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l'insignifiance nous encercle. Alors, buvons, une tasse de thé. Le silence se fait, on entend le vent qui souffle au dehors, les feuilles d'automne bruissent et s'envolent, le chat dort dans une chaude lumière. Et dans chaque gorgée, se sublime le temps."
Enfin, il y a la douce aristocrate du plumeau, la petite peste de Paloma, douze ans, et tous les habitants du 7... Bref, dans ces 344 pages, il y a toute notre bonne société" et à mots couverts, tous nos contemporains, avec sans doute nous même, qui sommes dépeints dans cette fresque humaine d'hier matin.
En un mot ou presque, j'ai ri, souri, me suis emporté ou attendri. Merci Muriel Barbery.
Pourvu surtout que les étudiants n'en aient pas trop pâti.
Si vous aussi, un jour, vous vous mettez à aimer Renée, n'hésitez pas.
Mettez vous le nez au vent et... écoutez CELA tout en dégustant une tasse de thé jasmin... et offrez vous un camélia.